Un shuttle, vu de loin, c'est un bus qui monte et des vélos qui descendent. N'importe qui avec un van et une remorque peut faire ça, et beaucoup le font.
Alors qu'est-ce qui distingue une navette professionnelle du copain qui te propose de te monter au col contre l'essence ? J'ai quinze ans de shuttles derrière moi, j'ai été le premier à en faire en Valais, et voici, pièce par pièce, ce que tu achètes vraiment quand tu réserves une journée.
Les remorques : deux bus, onze et quinze racks, chaque vélo sanglé seul
Commençons par ce que tu vois en arrivant à Martigny.
Il n'y a pas un bus, il y en a deux, chacun avec sa remorque : l'une emporte onze vélos, l'autre quinze. Vingt-six riders au total, et surtout deux tailles de groupe possibles, du petit groupe d'amis à la grosse journée.
Sur chaque remorque, chaque vélo a son propre rack et sa propre sangle. Ça paraît un détail. Ce n'en est pas un. Un vélo qui frotte contre son voisin pendant quarante minutes de route de montagne, c'est une peinture rayée, une gaine pincée, un disque voilé. Un vélo sanglé seul arrive en haut comme il est parti.
C'est la première question que se pose quelqu'un qui roule un vélo à plusieurs milliers de francs, et c'est normal. Le rack séparé y répond avant qu'elle soit posée.

Le chauffeur : parce que le guide doit rouler avec toi
Deuxième pièce, souvent invisible dans les récits : il y a un chauffeur.
Ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité logique. Si le guide conduit le bus, il n'est pas avec toi dans la descente. Or c'est là qu'il sert.
Le chauffeur, lui, fait le mouvement inverse du tien. Il te dépose en haut, il redescend par la route pendant que tu descends par le sentier, et il t'attend en bas du run. Tu remontes dans le bus, il te remonte, pas forcément au même endroit : vers le prochain trail de la journée, sur un autre versant s'il le faut. Et ainsi de suite, cinq, six, huit fois. Pendant tout ce temps, le guide roule avec toi.
C'est ce ballet-là, invisible depuis le vélo, qui fait qu'une journée enchaîne les descentes sans jamais enchaîner les attentes.
Les riders le remarquent, d'ailleurs. Dans les avis, il revient sous la même forme : « merci au chauffeur, discret mais tout aussi sympathique, et qui prend soin de nos vélos ». Il est discret parce qu'il fait bien son travail.

Le vélo de secours : la roue libre qui lâche à la troisième descente
Troisième pièce, et celle qui étonne le plus.
Il y a un vélo de secours dans le bus. Pas parce que les vélos cassent souvent, mais parce que le jour où le tien casse, à la troisième descente, à quarante minutes de la première boutique, tu n'as aucune envie de finir la journée sur un banc. Un rider qui a pris des navettes dans beaucoup de pays l'a écrit tel quel : « il y a même un vélo de secours dans le shuttle ».
Le vélo de secours ne sert pas souvent. C'est précisément pour ça qu'il est là.
L'assistance mécanique : la journée où ton vélo n'a pas envie
À côté du vélo de secours, il y a la caisse à outils, et surtout quelqu'un qui sait s'en servir.
Une purge de frein, un dérailleur qui ne passe plus, une roue à retendre : ça se règle entre deux rotations, pas au retour. Et quand il le faut, ça se règle sur le sentier, accroupi dans les cailloux, pendant que le reste du groupe attend cinq minutes. Une cliente a résumé ça avec humour dans son avis, en remerciant pour « l'aide mécanique précieuse pour cette journée où mon vélo n'avait pas envie de fonctionner ». Le vélo a fini par vouloir.

Le guide : certifié, et pas seul
Quatrième pièce, la plus importante.
Le guide est certifié Swiss Cycling. Ça veut dire une formation, des règles de sécurité, et une responsabilité. Ça veut dire aussi qu'il connaît les sentiers autrement que par une trace GPS : il sait où est le passage délicat avant que tu y arrives, et il te le dit. « Toujours un petit heads-up pour les passages délicats », écrit un rider. C'est exactement ça.
Et je ne suis pas seul. Nos guides sont certifiés eux aussi, et parlent français, anglais et allemand. Je les coordonne, et je suis sur le terrain la plupart du temps. Ce n'est pas un homme et un bus, c'est une équipe.
Les niveaux : un chiffre honnête vaut mieux qu'un beau discours
Chaque sortie porte deux notes de 1 à 4, l'une technique, l'autre physique. Elles ne sont pas décoratives.
Elles servent à ce que le groupe fonctionne. Une sortie notée 3 en technique n'accueille pas un débutant, et ce n'est pas de la sélection, c'est de la protection : la sienne, et celle du groupe qui l'attendrait à chaque virage. Quand le niveau annoncé correspond au niveau réel, la journée est bonne pour tout le monde. Un client l'a noté, sobrement : « niveau qui correspond à la description ». C'est le plus beau compliment qu'on puisse faire à une grille.

Le spot : fixé à l'avance, et un plan B quand la montagne l'impose
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, la vallée de ta journée est connue à l'avance. Tu sais où tu vas quand tu réserves.
Ce qui est professionnel, ce n'est pas d'improviser, c'est d'avoir un plan B prêt le jour où la météo ou une circonstance exceptionnelle l'impose. Le Valais a assez de vallées pour qu'on trouve un versant sec quand celui prévu ne l'est pas. Un rider l'a vécu et l'a écrit : Chris et son équipe « gèrent la météo capricieuse en changeant de région pour trouver mieux ». Ça n'arrive pas souvent. Mais ce jour-là, ça fait toute la différence entre une journée sauvée et une journée perdue.

Les photos : tu roules, on te regarde
Détail apprécié, souvent oublié : pendant que tu descends, quelqu'un te prend en photo.
Ce ne sont pas des photos de studio, ce sont des photos de ta journée, prises par quelqu'un qui sait où se placer dans le virage. Tu repars avec des images de toi que tu n'aurais jamais pu faire, parce qu'on ne se photographie pas soi-même en pleine descente.

Les sentiers : ce qu'un shuttle leur doit
Dernière pièce, et la moins visible de toutes.
Un shuttle amène beaucoup de riders sur des sentiers de montagne. Ces sentiers ne s'entretiennent pas tout seuls : les orages les creusent, la végétation les referme, le passage les élargit. Chaque année, avec d'autres, je passe des dizaines d'heures bénévoles à les remettre en état, et je m'implique dans ProVTT Valais, qui travaille à l'accès du VTT aux sentiers et au dialogue avec ceux qui les partagent avec nous.
Une navette qui prend sans rendre use le terrain qui la fait vivre. Une navette qui entretient, qui évite les sentiers fragiles au mauvais moment, qui apprend aux riders à ne pas déraper, celle-là peut durer.

Ce que ça coûte, et pourquoi
Une journée avec guide, c'est 95 francs par personne. Une journée en self-guiding, le bus et le chauffeur sans le guide, c'est 45 francs.
Et si tu montes souvent, il y a l'Exo'Pass : dix journées guidées pour 760 francs, dont deux offertes. Ça met la journée à 76 francs, avec tout ce qui précède dedans. Les crédits sont nominatifs et valables deux saisons : tu n'es pas obligé de tout consommer cette année.
Le même rider qui avait remarqué le vélo de secours a écrit la phrase que je préfère : « j'ai pris des navettes dans beaucoup de pays, et cette expérience suisse est vraiment bon marché pour cette qualité de service ». Je ne le dirais pas mieux, et je ne le dirais pas moi-même.
Tout ce qui précède, les deux bus et leurs remorques, le chauffeur, le vélo de secours, la mécanique, le guide, les niveaux, le plan B, les photos, les sentiers, c'est ce qu'il y a dans ces 95 francs. Le copain avec un van, lui, t'offre le trajet. Ce n'est pas la même chose, et ce n'est pas le même prix.

Questions fréquentes
Comment mon vélo est-il transporté pendant le shuttle ?
Sur l'une des deux remorques, de onze ou de quinze places, chaque vélo occupe son propre rack et est sanglé séparément. Aucun contact entre les vélos pendant la montée.
Que se passe-t-il si mon vélo casse pendant la journée ?
L'assistance mécanique règle la plupart des problèmes entre deux rotations. Si la panne est sérieuse, un vélo de secours est à bord pour finir la journée.
Le guide roule-t-il avec le groupe ?
Oui, c'est le sens de la formule avec guide. Un chauffeur dédié conduit le bus, ce qui libère le guide pour rouler avec toi dans chaque descente.
Qu'est-ce que l'Exo'Pass ?
Un forfait nominatif de dix journées de shuttle guidées pour 760 francs, dont deux offertes, soit 76 francs la journée. Les crédits sont valables deux saisons : tu montes quand tu veux, sans repasser par la caisse à chaque sortie.
Quelle est la différence entre le self-guiding et la journée avec guide ?
En self-guiding, à 45 francs, tu as le bus et le chauffeur, et tu roules en autonomie. Avec guide, à 95 francs, tu as en plus un guide certifié Swiss Cycling, l'assistance mécanique, le vélo de secours et les photos de la journée.




